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L’éleveur et le papillon

Mis à jour le mercredi 2 septembre 2015 11:20

Photo : Thierry RoyLe Cuivré des marais est un papillon typique des prairies humides fauchées irrégulièrement, dont les chenilles se développent essentiellement sur les Oseilles sauvages Rumex crispus et Rumex conglomeratus. En grand déclin, tout comme son habitat, il se voit couvert par une collection d'indices de patrimonialité : protégé à l’échelle nationale, il figure sur l’Annexe 2 de la Directive Habitat Faune-Flore, et fait également partie des espèces de la Stratégie de Création des Aires Protégées (SCAP).

Moins de prairies, moins de papillons

En France comme en Europe, les papillons de prairies déclinent de manière alarmante. Très sensibles aux dégradations des habitats naturels, les papillons constituent un excellent indicateur de l’état de santé de la biodiversité sur ce type de milieu. Il s’agit d’un des groupes d'insectes dont la diversité et la composition est particulièrement affectée par l’intensification. Le déclin des milieux prairiaux a engendré un déclin de près de 50% de la taille des populations de papillons inféodés à cet habitat. En Île-de-France, afin de mieux caractériser ces tendances, une liste rouge des papillons de jour est en cours de préparation par l’Opie et Natureparif. Beaucoup d’espèces ont déjà disparu de la Région et d’autres, comme le Cuivré des marais, sont en danger d’extinction.

Dans le cadre de la Stratégie de Création des aires Protégées (SCAP), Natureparif a dressé un inventaire des observations connues du Cuivré des marais au cours des années 2000 : seuls 8 contacts semblent avoir eu lieu avec l’espèce,  tous en Seine-et-Marne (3 localités en Bassée, 1 en vallée de la Voulzie , 1 en vallée de l’Aubetin et 1 en vallée de la Marne). Jusqu’à cette année, la dernière observation francilienne remontait à 2011, et l’on commençait à croire l’espèce disparue de la région.

Le Cuivré des marais résiste dans l’est de la Seine-et-Marne

Mais le 20 juin 2015, l’espèce est découverte dans un reliquat de prairie humide à Saint-Léger (77), puis le 28 juin,  dans une autre prairie à Bassevelle (77). Un peu plus au sud, un autre naturaliste tombe sur ce papillon à la Chapelle-Moutils, dans des milieux prairiaux abritant également de l’Hermine, une espèce devenue très rare en Île-de-France. Ces trois observations ont incité un naturaliste à rechercher plus spécifiquement l’espèce en vallée du Petit Morin et alentours. Il découvre alors 7 nouvelles stations, généralement des prairies peu entretenues, parfois fauchées : une à Verdelot, deux à Villeneuve-sur-Bellot, une à Orly-sur-Morin, une à Saint-Ouen-sur-Morin, une à Jouarre et une à Sablonnière ! Plusieurs stations abritant 3 à 5 individus.Ainsi, ce ne sont pas moins de 10 localités qui ont été découvertes dans le nord-est du département de Seine-et-Marne cette année.

Quelles solutions pour l’espèce ?

Ce n’est pas un hasard si la région du Petit Morin abrite le dernier bastion connu du Cuivré des marais en Île-de-France : il s’agit du secteur avec la plus forte densité de prairies. Prairies qui se maintiennent grâce à un système de polyculture et d'élevage encore subsistant et à des pratiques agricoles associées demeurées relativement extensives. Ainsi, la conjonction d’un réseau de prairies pâturées de manière extensive, d’un réseau de prairies de fauche, d’un réseau d’espaces ouverts non productifs, fauchés tous les 3-5 ans, et de milieux linéaires entretenus de manière extensive (bords de route, en particulier), facilitant les liaisons entre les précédents espaces, profite à l’espèce.

Tout cela n’est pas possible sans le maintien d’activité d’élevage bovin respectueux de l’environnement. En ces périodes où les difficultés des éleveurs font l’actualité, il n’est pas inutile de rappeler qu’élevage extensif rime souvent avec biodiversité, et que le déclin de l’élevage en Île-de-France n’est pas sans conséquences sur la faune et la flore des milieux agricoles.

Plusieurs leviers existent pour maintenir les réseaux de prairies de l’est seine-et-marnais, notamment par l’intermédiaire de contrats et de mesures financières favorables aux éleveurs, éventuellement associés à des classements de territoires, par exemple :

  • la mise en œuvre du Schéma Régional de Cohérence Ecologique, et des mesures agri-environnementales associées au titre du maintien de la sous-trame herbacée ;
  • la création souhaitée d’un Parc Naturel Régional dans la région de la Brie et des deux Morins, permettant notamment de travailler en association étroite avec les propriétaires des espaces concernés ;
  • l’outil Natura 2000, afin de mieux valoriser les liens entre les activités économiques actuelles et la biodiversité.
  • Enfin, pour certains espaces menacés, il peut être nécessaire de classer certaines parcelles particulièrement riches en  Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope au titre de la SCAP.

Observateurs : Thierry Roy, Julien Bottinelli, Anthony Guérard

 

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